Such an emotion

Quand je parle de la situation de mes enfants, souvent on me demande pourquoi le petit va chez le pédopsychiatre et pas la grande. Certes la grande a des choses à dire, plein de choses à dire, des tonnes de choses à dire et un immense besoin d’attention à combler. Mais la grosse différence c’est que le petit n’a rien à dire, c’est tout le temps je sais pas où je m’en fiche. Ce qui est faux sinon il n’aurait aucune réaction physiologique et il en a. C’est ballot, je t’observe petit être de mon cœur. Et dans sa nouvelle thérapie, on lui donne des missions. La première c’était de remplir un tableau avec des exemples de j’aime et j’aime pas. Trop fastoche. Celui de cette semaine est de remplir un tableau des quatre émotions primaires avec des situations qu’il vit. Et il n’arrive à remplir que la case tristesse. Dit comme ça c’est problématique. La joie, il n’arrive pas à la définir. Il me dit que cela nécessite de rire ou sourire mais qu’il faut un truc en plus mais il ne sait pas quoi. Il sait qu’il a été joyeux aujourd’hui mais il ne sait plus pourquoi. Pour la colère et la peur, il ne les reconnaît pas car quand il pleure c’est qu’il est triste. Il n’imagine pas que l’on puisse pleurer de peur ou de colère.

Moi je suis contente parce que je sens qu’avec cette thérapie on touche vraiment un point important. En même temps j’ai peur qu’il n’y arrive pas, que ça soit trop dur pour lui. Est-ce que nous, adultes, on y arrive aussi toujours ? Est-ce que nous, aussi, on ne devrait pas se poser parfois pour remplir ce tableau ?

En tout cas je l’ai fait faire à la grande pour sa journée et elle l’a fait les doigts dans le nez. Cette préado en puissance n’a aucun mal à identifier ses émotions. Même qu’elle en vit peut-être un peu trop, tout le temps. Et qu’un coucher peut durer une demie-heure tellement elle a de trucs à raconter à sa mère en tête à tête sous la couette.

Je suis fatiguée vraiment.

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Life Time goes on

Le temps passe à une vitesse, c’est fou fou fou. Je n’ai le temps de rien, et j’aime ça. Ça évite de trop réfléchir. Bien entendu, des fois j’ai des crises d’angoisse. Et puis après je fais comme je sais faire, j’agis, je temporise et je vois le temps défiler. Le petit a changé de pédopsychiatre, il a l’air content. La grande angoisse toujours à l’idée de passer les weekends chez son père mais elle y va. Parce qu’elle passe plus de temps chez mamie que chez lui. Et aussi parce qu’elle n’est pas encore assez grande pour se rebeller vraiment. Elle s’adapte, elle ruse, à sa manière.

Et moi je compose avec tout ça. Un peu comme un chef d’orchestre. Qui aussi des fois a besoin de se retrouver sous sa couette à chouiner ou à jouer honteusement des heures à Candy crush ou à découvrir Greys Anatomy avec 12 ans de retard.

Et aller bosser avec mes cas sociaux attachiants, mais qui souvent me font sentir plus compétente ou plus efficace que dans mon rôle de mère divorcée d’une putain de situation complexe. Dans le boulot, je suis la chef, pas d’affectif, juste du bon sens, de la volonté et de la ténacité. C’est fatigant mais gratifiant. Même si le réveil du lundi à 6h20, il pique à mort.

Strangers in their life

Voilà c’est le premier weekend de mes enfants en colocation avec la dernière lubie de leur père. J’ai retourné le problème dans tous les sens, seul l’Edex fait de la merde et tout le monde subit comme d’habitude. Il y a un an de ça, l’Edex s’est embité d’une jeune fille de l’est, soyons géographiquement vague. Les enfants ne kiffent pas cette fille mais c’est normal et rien de bien méchant. Évidemment cette fille n’est pas européenne, n’a pas de papiers, pas de permis et pas de boulot. Mais elle a deux filles, elle ne suce pas que des glaçons, coucher elle sait faire visiblement. Et l’Edex a trouvé judicieux de rapatrier aussi les gamines chez lui. Officiellement pour deux mois, ne nous leurrons pas, la famille de l’est n’a aucun intérêt à repartir dans son pays, elle a même tout intérêt à s’agrandir pour avoir le saint Graal, des papiers et du fric.

Les enfants, sur mes conseils, ont réussi à négocier de prendre la grande chambre à eux deux. Ma BM, cette sainte femme qui a le pire fils de la terre, a donné les clés à ma fille, qui a fermé la chambre en laissant les clés sur la serrure. Autant dire que ça sert à rien.

Et son père, pour enfoncer le clou, à filé ses fringues à la plus grande fille de l’est, sans demander l’avis de sa propre fille. Une intelligence suprême cet homme. Donc sa propre fille l’insulte, et il rigole en levant les yeux au ciel.

Mon petit est encore protégé car c’est le seul garçon et caractériellement il a une tendance à s’isoler et à faire ses trucs dans son coin. Et surtout que les doubitchous sont des filles et qu’elles sont à fond pour imiter et copier et avoir tout ce que ma fille a.

Intérieurement, je bous, je fume, je stresse. Je vois mes beaux-parents qui ne sont pas au top de leur forme, mes enfants qui hésitent, qui sont agités. Je me sens insuffisante, je ne peux pas tout leur expliquer, je peux juste leur dire que je suis désolée, que je les aime. Je ne peux pas les rassurer car je sais que leur père peut toujours faire pire, je ne peux s’observer le désastre et ramasser les miettes.

Si on cherche un point positif, c’est que Madame doubitchou est d’un quelconque et qu’elle a l’air tout à fait normale et pas méchante. Elle s’en cague de mes enfants et c’est très bien, ils lui rendent bien, et elle a l’air très correcte avec eux.

Elle s’en tient à son plan qu’on ne peut lui reprocher, on ne va pas refaire l’économie géopolitique mondiale, c’est ainsi.

Non non c’est vraiment l’Edex qui fait de la merde, de la grosse merde. C’est tout.

Et si on arrive un jour au point où ses enfants ne voudront plus lui parler et que ses parents soient dans la tombe, on n’aura que nos yeux pour pleurer.

Galeria days

Si j’étais mauvaise langue, je dirais que je recherche des témoignages de pères qui font de la merde pour expliquer à mes enfants la capacité d’adaptation et la résilience. Visons grand, visons loin.

Ou sinon, je dirais bon anniversaire à ma grande chérie, tu as gagné le droit de partager ta chambre difficilement gagnée, toutes tes affaires avec deux charmantes petites filles qui elles habiteront à plein temps chez toi. Tu verras ça va être cool. En plus vous ne parlez pas la même langue. Et déjà que tu ne kiffes pas des masses leur mère, là ça sera carrément le spectacle de la fête du slip tous les jours chez ton père.

Ou sinon je dirais à mon petit, vas-y, profites, maintenant qu’on t’a inscrit chez le pédopsy, il n’y a pas de raison d’en profiter jusqu’à ta majorité. C’est remboursé par la sécu. Et si tu le souhaites, invite ta sœur, plus on est de fous plus on rit.

Ou sinon je vais faire comme d’habitude, c’est moi qui vais leur suggérer des stratégies d’adaptation, je vais leur dire que je les aime, que tout va bien se passer et que si ça empire, on n’est plus à ça près avec leur père, je serais là toujours pour eux.

Et que bien sûr, tu peux ramener toutes tes affaires chez moi, parce que là-bas ça pue un peu. Que non pas du tout, ton sac de classe n’est énorme parce que tu y transportes toutes ces choses si précieuses à tes yeux et que tu as besoin pour te sentir bien.

Et que oui, on va faire les devoirs d’il y a deux jours parce que chez papa il s’en fout et on a pas eu le temps. Bien sûr que je vais couper les ongles, signer les cahiers, faire les shampoings et les câlins.

À mi-temps, parce que sinon ton père paie trop d’impôt et que c’est pas rigolo.

On s’en fait vraiment pour rien hein.

Ten years of heaven

Dix ans ont passé. Tu es toujours là dans mon cœur et mon esprit. Je suis apaisée quand je pense à toi. Toutes ces années ont été chargées, ces derniers mois aussi surtout. Mais s’il est une promesse que je t’ai faite c’est celle d’être heureuse, d’être en paix avec ce que je suis, ce que je veux, pour moi, pour vous mes enfants. C’est le premier anniversaire que je vis bien. Il m’aura fallu dix ans et des milliers de changement, des douleurs et des joies mais ton arrivée et ton départ font partie de ma vie et c’est ainsi, et j’aime ça.

Aujourd’hui ton père m’a donné une rose blanche et j’ai accepté. Car on t’a faite à deux et parce que ton frère et ta sœur étaient fiers de cette rose, de me la donner. Vous êtes trois et c’est le plus beau bonheur qu’il puisse exister.

Alors oui, avec ton père c’est pas simple, je m’inquiète beaucoup pour ton frère, je sais que ta grande sœur commence à avoir les ressources pour exprimer ce qu’elle veut et j’en suis fière. Et j’aiderai ton frère tant que je peux à ce qu’il sache et qu’il dise ce qui le rend heureux et ce qui lui fait peine. C’est vraiment pas facile pour lui.

Tu m’as donné confiance, cette force qui m’encourage à couver, aider, lâcher, aimer mes enfants plus haut que le paradis, mon paradis, celui où tu trouves au fond de mon cœur et de mon âme.

Pour tout ça, je te dis merci, et comme je le dis si souvent à ton frère et ta sœur, je t’aime pour toute la vie et l’infini.

Ma fille, mon ange.

Spring new revival

Quand ça a commencé à partir en cacahuète début décembre j’ai dit au CCP, pas de panique, ça sera pourri jusque mi-janvier minimum. Évidemment j’avais raison, une fois le retour à la vie réelle, les factures nous ont rattrapé, la maison a fait voir ses failles et ses fuites, la météo a été bien moisie entre vent et pluie, les notes sont tombées, et la vie a filé.

J’ai soigné mon anxiété de pauvreté en installant une appli de gestion budgétaire sur mon téléphone, le CCP a finalement obtenu les sous auxquels il a le droit auprès de nos généreux services publics et je commence doucement à pouvoir penser à autre chose. J’ai fait un peu d’aménagement du genre poser les luminaires, les rideaux, je vais bientôt attaquer les porte-manteaux et les étagères et je commence à avoir une certaine routine de tenue de la maison.

Évidemment je me suis retrouvé confrontée au bonheur de la vie quotidienne à deux et à la façon forcément différente de la mienne de ranger, à la temporalité différente et aux priorités décalées. Il faut s’adapter, j’ai le vilain défaut de faire tout par moi-même ce qui peut être frustrant pour l’autre mais qui me permet de rien attendre de personne.

Le plus dur en ce moment c’est de devoir faire un dossier de fac en binôme et mon planning étant un peu serré j’ai préféré tout commencer toute seule sans attendre la volonté eu la disponibilité de mon binôme. Ce qui évidemment va être très compliqué quand il va vouloir ajouter sa patte et plus tard ce sera pire ce sera. Parce que j’aurai tout fait toute seule et que j’aurai aucune envie d’expliquer pourquoi j’ai écrit ça et que je fais le minimum pour assurer une bonne note mais que ça ne fait pas partie de mes projets professionnels de maîtriser le sujet à fond, et surtout que j’écris des trucs sans vraiment les comprendre mais si moment que c’est validé par le prof ça me suffit amplement.

Alors j’envisage pour le prochain mois de vachement prendre sur moi. J’y crois encore. Le reste ira mieux quand on aura beau et chaud. Si si.

Flying time

Lorsque je suis partie de la maison, c’est la fille aînée qui m’a fait un signe de la main. Et j’étais fière que ce soit elle sur le parvis de cette maison, celle-là même où avant c’était mamie qui me faisait le signe de la main. 

J’ai pris des photos car je sais que je ne reviendrai pas, que cette maison partira dans d’autres mains, d’autres vies.

Je me suis demandée ce que faisait les gens qui n’ont pas de foi particulière, quels rites ils avaient pour les enterrements, s’ils mettaient le cercueil en terre et partaient boire un coup après, parce qu’on sait tous qu’on finit toujours par boire un coup, c’est ce que disait papy.

C’était drôle de revoir tous ces endroits, tous ces gens. Surtout de se dire qu’on a tous un souvenir particulier avec eux. Parce que sans bouger ils ont su consacrer du temps, de l’attention, un sourire, un rire, un baiser avec chacun de nous. 

Ils avaient des conventions, ils avaient leur pudeur, mais la seule ambition qu’ils avaient, c’était d’avoir une famille et que chacun de nous membre de leur famille avions cette place auprès d’eux. Il y avait le calendrier des anniversaires, et il y avait les photos.

On sait désormais que c’est fini, que l’on reverra certains mais pas d’autres, on ne connait pas l’avenir mais moi je sais qu’ils m’ont donné un avenir. Par leur bienveillance, leurs silences, leurs regards bleus qui disaient si tu es heureuse, nous sommes heureux.

Ils étaient deux, ils sont toujours à deux, ils seront toujours à deux.

Et quand je vois ceux qui se sont mis des barrières, ceux qui regrettent déjà une vie qu’ils ne se donnent pas la peine de s’offrir, ça me fait de la peine. Car dans leur petit milieu, leur petite vie comme on dit, ils ambitionnaient simplement d’être heureux, de jouer à des jeux et de boire un coup.

Quand j’ai vu ma sœur sur le fauteuil de papy et mon cousin sur la chaise de mamie à faire les mots mêlés de mamie qui étaient restés là, j’ai souri. Le bonheur est parfois si simple.

Je resterai toujours une petite fille, leur petite fille.